Colocation, salsa et cocaïne.

16 Nov ’04
22:33

Pour celles et ceusses qui l'ignorent encore, j'habite dans une cave. On pourrait trouver ça déprimant, ce manque de lumière, cet espace un peu trop clos et bas de plafond à en devenir claustro. Mais en fait, pas du tout, je bosse aussi dans une cave, donc je suis tout à fait dans mon élément et ce n'est que dans le métro que j'ai des crises d'agoraphobie.

C'est bien les caves : pour le même prix qu'une chambre de bonne au 7ème sans ascenseur accessible par un escalier miteux, je n'ai que 4 marches à descendre. En étant quelque peu psycho-machin, on pourrait y voir une juste image de ma grande ambition : arriver à un résultat miteux par les moyens les plus simples. Non, vraiment, quand on voit à quel point certains se démènent pour n'arriver qu'au très médiocre, il devient valorisant de faire pareil plus rapidement, non ? Non, ouais bon.

Donc, dans ma cave, j'ai plein de trucs très chouette : de la moquette, des lits, des toilettes, une douche et un colombien.
Le colombien n'est pas de série - contrairement aux toilettes qui ne sont pas sur le palier mais sous l'escalier, on s'adapte, que voulez-vous - mais moi j'ai pris ce modèle qui me permettait d'allier exotisme et underground. Un peu de hype-attitude dans ma vie.
 Il est plutôt sympa, propre. Mais il a deux défauts :
- il aime la salsa. La salsa, c'est tout ce que je déteste en musique. Avec le jazz un peu. Mais je sais pas, ça me sort par les oreilles, j'ai envie de tuer père et mère (ceux des musiciens) quand j'en entends. Lui il aime, et ses potes aussi. Alors les soirs de beuverie, ils ne se contentent pas de mettre cette douce mélodie à son volume maximum - ce qui me dérange moins quand c'est les Stones ou Santana - mais ils poussent tous des cris de folie comme s'ils étaient dans un stade avec 50 000 autres personnes. Sauf qu'ils sont en banlieue parisienne, dans une pièce de 18m² où mijote tranquillement un fond de chili con carne sur une plaque électrique. C'est assez impressionnant à entendre de chez moi, y'en a qui ne s'en sont pas remis.

- il est français. Bon il a l'accent, le teint... mais techniquement il est français. Moi si je dis "j'ai un colombien dans ma cave", je veux que les gens s'imaginent le pire. Je voulais un vrai, avec un bonnet tricoté et des seaux entiers de cocaïne dans sa chambre. Ou au moins du café. Mais pas un qui boit du grand-mère, m'offre du thé et qui ne fume même pas. Non, vraiment, j'en mène pas large.

Alors, c'est décidé, je le renvoie là-bas quelques temps pour qu'il ramène le meilleur de chez lui (et qui ne tienne pas sur un CD audio). Il paye tout et je le laisse croire qu'il va en vacances.

Tout à l'heure, on discutait de la situation :
Il m'a dit "Como estas, que tal ?" - ce qui signifie : je pars au pays un bon mois, reprendre des forces, je vais essayer de louer ma chambre
Je lui ai répondu (en français, parce que j'ai fait allemand LV2, il parait) "ok"
Il a enchainé par "Un, dos, tres Un pasito pa'delante, Maria" (j'ai un copain vénézuélien qui s'appelle Maria et serait intéressé il me dit la réponse dans un, deux ou trois jours)
Moi, égale à moi-même, "ok"
Il est bavard : "asi es ma vida loca" (je ne le loue pas vide, je laisse mes affaires)
Et puis il est parti en me lâchant un dernier "Ciao a tutti ! Va bene ?" et là j'ai bredouillé le quelques mots que je maitrise dans la langue de Gael García Bernal (aaaah la langue de Gael Garcia Bernal !) "Va bene, va bene, magazine chiudere per tutto augusto".

Et finalement donc, pour faire quelque chose de clair, je vais peut-être me retrouver avec un vénézuélien, mais peut être pas. Alors je me dis que, si ça se trouve, y'a peut-être des gens d'vant l'écran (qui connaissent des gens) qui cherchent un endroit transitoire à partir du 1er décembre. C'est toujours le moment de se séparer de son conjoint, quite à se remettre avec quand les festivités seront passées. Question de budget, tout ça.
Moi je demande juste quelqu'un qui n'aime pas la salsa. Genre un geek autiste qui reste chez lui toute la journée en écoutant sa musique au casque et je lui tendrai le fil RJ45 de l'amitié comme cadeau de bienvenu.
Ou même quelqu'un de normal, soyons fou !

Ma mort, jour apres jour.