
Voilà, c'est plus fort que moi, il faut toujours que je compare. Prenons un exemple, tiens, au hasard, puisqu'il faut faire une deuxième non-critique, Following Sean de Ralph Arlyck - qui sort, chose étonnante, demain. Je me suis promis d'écrire quelque chose d'intéressant et réfléchi sur ce film. Et bien que les promesses à soi-même soient les plus faciles à ne pas tenir (j'ai reçu une carte de ma bonne conscience, elle fait du trekking au Népal), celle-là j'avais envie de l'assurer.
Tout d'abord parce qu'il le mérite (j'y reviendrai) et ensuite parce que Tita a eu la gentillesse de nous le proposer en avant-première "comme si qu'on était des journalistes" alors je vais faire "comme si que". En différent.
En sortant de la salle, mon cerveau tentaient de faire péniblement tous les parallèles possibles et imaginables avec un autre film du même genre.
Ah oui, à cette étape du texte, il faut surement que je raconte l'histoire parce que je ne connais que trop bien la fainéantise inhérente à l'internaute moyen lorsqu'il s'agit de lire un dossier de presse.
Dans les années 70, Arlyck est étudiant en cinéma à San Francisco. Pour un de ses cours, il réalise un petit film (autrement appelé "court métrage" mais ça fait une répétition, et je n'aime pas trop cela, voyez-vous) sur Sean, le fils de 4 ans de ses voisins hippys et communistes.
Le court (et merde) remporte son petit succès à l'époque, jusqu'à faire son petit scandale parce qu'un môme racontant que les petits flics le saoulent à débarquer tout le temps dans son p'tit chez lui ou encore qu'il fume des petites herbes, ça ne passe pas bien auprès de tout son petit monde.
Trente ans après, le grand Ralph retrouve le grand Sean et en fait un grand docu. (Et je résume comme ça si je veux.)
Mais voilà, moi, il y a un an, j'ai vu Tarnation de Jonathan Caouette et alors que les deux films sont opposés en bien des points, je n'arrive pas à ne pas tenter d'en relier entre eux. Et je fais ça tout le temps. Vous allez voir que la prochaine fois que je donnerai mon avis sur quelque chose, ce sera pareil. (Oui j'ai plein de trucs écrits à l'avance en ce moment, et alors ?)
Dans Tarnation (puisqu'on y est...) Caouette (la trentaine passée) se filme depuis l'âge de 11 ans. Et là où il n'en a fait qu'un film du genre autiste, Arlyck s'est davantage penché sur les choses qui ont fait l'univers de Sean et le sien. Là, n'importe quel individu sensé serait en droit de me dire que les deux films n'ont vraiment pas grand chose à voir et qu'entammer une cinquième paragraphe sur le sujet serait vraiment très malvenu.
Ah je vous avais prévenu, c'est un sacré problème chez moi. J'aime comparer. J'aime constater à quel point les choses ne se ressemblent pas. A quel point entre T1 et T2, les choses peuvent changer, à quel point elles peuvent rester éternellement semblables et prévisibles. (L'autre problème, juste après celui-là, c'est un tendance à la divagation, mais c'est un autre sujet.)
Et finalement, c'est là que tout tombe à point, puisque ces deux films tournent autour de ce constat d'évolution pas nécessairement prévisible mais toujours très compréhensible.
La force du film de Following Sean, c'est ça. Réussir à faire un docu sur des individus en les voyant évoluer avec leur époque. De jouer avec les images passées et présentes pendant deux heures pour fournir, pèle-mèle, un patchwork de personnalités, d'idées et d'histoires qui deviendra une vrai mosaïque dans le dernier quart d'heure. Et comme les archives de tonton Ralph ont vraiment une meilleure gueule que celles de Cacaouette qui jouait un peu dans le même thème autour de lui seul, le résultat final n'en est que plus réussi.
Dans les années à venir, je me dis que ce genre de films risque d'être de plus en plus fréquent. D'une certaine manière d'ailleurs, je crois que j'envie vraiment les générations futures. Bien sur, on va leur laisser un monde dans un triste état - pas nécessairement apocalyptique mais sombre à n'en pas douter. En revanche, elles recevront en héritage un sacré paquet d'images. En pratique, ils auront peut-être une société pourrie et sans valeur, mais grâce au patrimoine audiovisuel qu'on va leur lèguer, ils sauront pourquoi, et ça, c'est priceless.