Le tombeau de l'ami inconnu.

2 Sep ’05
00:05

Hier, dans la rue, j'ai aperçu quelqu'un que je connaissais presque très bien. C'était un homme au visage doux et intéressant. Il était dommage que jamais encore nous ne nous soyions rencontrés. Si nous nous étions rencontrés, nous serions peut-être devenus bons amis. Quand je l'ai vu, j'ai eu presqu'envie de m'arrêter. De l'inviter à boire un coup pour parler du bon vieux temps, de nos amis, de nos connaissances communes : et qu'est ce qu'il est arrivé à untel ? et tu te rappelles de le soir où nous avons... ?
Le seul truc qui clochait, c'était que le bon vieux temps dont nous aurions pu parler ensemble nous ne l'avions jamais partagé et que c'est quand même vrai qu'il faut commencer par faire la connaissance de quelqu'un avant de pouvoir lui causer de la sorte.
Et donc l'homme m'est passé à côté sans la moindre expression de reconnaissance sur la figure. Et moi, je lui ai montré le même masque, sauf qu'en dedans ça m'a fait comme si je le connaissais presque. Oui, il était vraiment bien bête que la seule chose qui nous ait empêchés de devenir bons amis soit un fait aussi idiot que celui de ne jamais encore s'être rencontrés.
Nous avons poussé chacun de notre côté et parce qu'elles étaient opposées, nos directions nous ont à jamais boulotté toute chance de nouer une quelconque amitié.

Richard Brautigan - Tokyo-Montana Express.

Ma mort, jour apres jour.