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L'épisode où la fille a un service à demander et elle aime pas trop ça.

28
Déc ’05
23:01
En ce moment, je me pose beaucoup de questions sur le sens de la vie, la valeur des choses et tant d'autres grandes questions existentielles qui jonchent la vie d'une femme et que l'on retrouve en double page de toutes mes lectures préférées : Jeune et Jolie ("On a cassé sur msn et j'ai perdu tous mes smileys animés, au secours"), Biba ("Il dit qu'il m'aime, mais il bande mou, que faire ?"), Femme actuelle ("Amour un jour, amour toujours. Que faire après le divorce ?"), et le merveilleux Figaro Madame ("Les lits séparés, un rêve pour les nuits calmes"). Aussi, afin de répondre à toutes ces interrogations qui me rongent et accaparent autant mon esprit que mon temps, j'ai décidé de faire un grand sondage.

NON, je ne me servirai pas des résultats pour savoir combien de gens lisent ce site - parce que cette question a perdu tout son intérêt dès lors que d'autres ont commencé à me la poser ; mais si vous acceptiez d'y participer, je vous en serais grandement reconnaissante et les bonnes âmes seront grandement recompensées (et n'y voyez pas ici un quelconque chantage religieux, je parle de choses concrètes - ce qui m'évite de vous promettre la vie éternelle ou 40 vierges trop bonnasses parce que ça, j'ai pas).

Pour ce faire, puisqu'il faut toujours un mode d'emploi, il faut me donner votre adresse électronique. Du coup, famille et camarades de mails à qui j'envoie quotidiennement des petits mots doux pour connaître l'état de vos selles (ça va ?), ne vous sentez pas concernés par ce post, je vous ai inclus d'office dans ce programme parce que vous êtes des êtres merveilleux et que c'est votre avis qui m'importe avant tout.
Mais toi, toi l'anonyme qui ne laisse de trace de ton passage ici qu'une adresse IP et un référant, sache que tu es le bienvenu et que finalement, ton avis est (presque) aussi important que celui du plus cher de mes amis (et j'en ai un qui m'a couté bonbon).

Pour me donner ton adresse électronique, j'ai tout prévu : soit tu t'enquiers, afin de connaître les tenants et les aboutissants de toute cette mascarade, en m'envoyant directement un petit mail auquel je répondrai de façon tout aussi chaleureuse mais sans pouvoir vraiment donner plus de détails. Soit tu cliques en bas, tu laisses un petit mot en mettant bien ton adresse dans le champ email (n'oubliez pas, j'apprends aux gens à cliquer alors je peux très bien détailler cette procédure sur 40 lignes pour que tout soit clair) et hop, je t'inscris dans ma liste de contact pour cette grande opération marketing humanitaire.

Voilà. En vrai et sincèrement - sans vouloir avoir l'air de chouiner, ce serait sympa de votre part de me donner votre avis sur quelque chose qui n'a ABSOLUMENT rien à voir avec ce blog. Ce sera une très jolie première B.A pour 2006.

### Ma mort, jour apres jour.

Feuilleton de Noël - Part 3

21
Déc ’05
01:44
Finalement, je n'ai rien trouvé. Alors je le lui ai dit, j'ai dit que je n'en avais pas. Il a posé sa main sur la mienne et m'a dit que j'avais l'air triste et tremblais. J'ai dit non en la lui retirant et lui ai retourné sa question.
"Bien sur que j'ai un but. Le but de la vie, c'est le bonheur".
Wahou, merci. Un instant, j'ai cru que notre conversation allait prendre un tournant et que s'en serait fini de son petit jeu et du mien, que l'on poserait cartes sur table, qu'il m'avouerait qu'il est autant québecois que je suis péruvienne, qu'il est prêt à me raconter encore 10000 conneries pour que je sorte mes 200€. Alors, je lui dirais que je suis prête à rester encore une heure ou deux à les écouter pour écrire un quatrième voire un cinquième post sur mon blog ou, au moins, pour éviter de retourner à mes cadeaux de Noël. A partir de là, nous nous découvrierions quelques points communs, notre pause café se terminerait en après-midi littéraire et de là découlerait le début d'une amitié sincère et durable. Et voilà que non. Monsieur, non content d'enchaîner les craques, commençait à doubler ceux-ci de lieux communs.
Je lui ai dit de garder sa philosophie de pourceau. Que je laissais le credo du "Soyez heureux (quoiqu'il arrive)" aux autres et qu'avoir pour finalité le bonheur était à mes yeux aussi pathétique que le fait de ne jamais vraiment l'atteindre.

Je crois que j'ai commencé à le saouler, il a changé de sujet pour évoquer ce qui valait le coup sur terre. Je sentais venir le coup de "les guerres c'est nul" et "'faudrait plus de paix", il n'est pas venu, ô surprise. Il a proposé de rayer Paris de la surface de la terre, que ça arrangerait déjà bien des choses. J'ai poussé un profond soupir, il s'est excusé dans un éclat de rire digne du Docteur Mad, me rappelant que "mais non, toi ça va" et bla et bla et rebelotte.
Il m'a demandé ce qui me permettait de tenir puisque je n'avais pas de but, ce que j'aimerais faire de ma vie. Ayant passé la veille une journée mémorable sur la mesquinerie profonde inhérente aux quinquagénaires frustré(e)s, j'ai parlé d'évasion et de voyage. Là, je me voyais bien à l'autre bout de la terre. N'importe où en fait, même un café avec lui me semblait moins pénible que d'entendre les pensées des uns, répétées avec les mots des autres. Il faut croire que les sournoiseries de parfaits inconnus sont vraiment plus agréables à entendre que ceux de compagnons réguliers.

Sur le coup, il m'a donc proposé de venir chez lui. Au Québec. Et puis, comme pour me montrer sa sincérité, il a rajouté quelques détails.
- Tu peux venir, c'est cool, le Québec, faut aimer la nature...
(très sérieux) faut juste pas avoir peur des loups et des ours, moi j'vaccine des ours.
Ah un québécois qui vaccine des ours. J'ai de la chance, il aurait pu être bûcheron ou chanteur. Moi j'aurais dû lui raconter que je faisais des baguettes et que j'aimais le fromage qui pue, histoire que nous tenions bien tous les deux dans le cadre duquel il prenait soin de ne pas déborder.

Et puis, c'est arrivé, enfin.
- "puisque t'as l'air sympa, tu veux pas que je te donne l'argent plutôt à toi ?"

Forcément, j'ai dit non en appréciant au passage sa formule savamment étudiée. "JE te donne de l'argent." Merde, ce type a vraiment bien rôdé son plan.
Voyant mon air dubitatif, il propose divers plans pour enlever tout soupçon à son deal. Papier signé par nous deux, commissariat, notaire. Tout y passe. Je reste sur mes positions, lui proposant à nouveau le foyer d'accueil et de lui payer le timbre fiscal (?) pour son passeport en me rendant avec lui à l'ambassade. Non, il bredouille à chaque fois une phrase de transition puis fini par me dire qu'il ne souhaite pas me retenir trop longtemps mais qu'il faut que je lui laisse mon numéro de portable et qu'il m'appellera dans deux jours - soit vendredi soir dernier -, quand il aura reçu les 6000€ de sa mère pour m'inviter au restaurant et ainsi, me prouver sa bonne foi.
Je lui laisse mon numéro de portable et vendredi soir, j'ai fini "Les naufragés" de Patrick Declerck.

### Ma mort, jour apres jour.

Feuilleton de Noël - Part 2

15
Déc ’05
23:40
[...]

Percevant enfin que je suis un peu lasse de ses considérations pénibles sur la France et ses 60 millions d'habitants merveilleux, beaux et gentils qui ne méritent pas un tel jugement, il s'excuse et me dit que moi je suis quelqu'un de bien, ça se voit - Ouf, tout va bien.
Il me dit qu'il est énervé et que s'il parle beaucoup, c'est pour éviter de pleurer. Je ne suis pas insensible. Au fond, j'y crois à ses histoires et j'ai envie de l'aider. Il le sent, il me teste et continue son sujet. La France, il voulait y trouver un bel amour. Son bel amour, il est allé le chercher dans un bar gay du marais et a été dégouté par le cul que tous les mecs avait l'air d'y rechercher. Sa naïveté est presque touchante, on dirait Cendrillon tombée dans une nouvelle de Bukowski, avec un prince qui lui aurait piqué son soulier de vair en lui faisant un gros doigt. Monde cruel.

Indépendemment du mensonge sous-jacent, j'aime assez son histoire. Dans son malheur, les lumières et l'ambiance de Paris de ce mois de décembre, donnent à son récit un petit air merveilleux. Vous savez, c'est comme si on vous parlait des tournantes dans les caves de cités du neuf trois et du viol collectif de blanche neige par les 7 nains dans la cave de la maison hanté du neuf quatre. Le conditionnement fait qu'il se dégagerait forcément un côté magique de la seconde histoire. Et si vous ne trouvez pas, c'est que vous avez perdu votre âme d'enfant, c'est bien dommage.

Il en vient à parler des prix parisiens puis me demande de quoi je vis ici. Alors, en prenant soin de ne pas déborder d'enthousiasme à l'évocation des sommes mirifiques versées généreusement par mon aimable employeur à chaque fin de mois, augmentées de 30€ tous les deux ans et gagnée sur le dos de pauvre petits enfants innocents, je sors le chiffre : mille trois cent vingt huit euros et quatre vingt centimes. (Et en décembre, j'ai une boîte de chocolat en plus).

Il m'annonce que lui vit avec 6000 par mois. Merde, gagner 6000€ et se retrouver complètement bloqué à Paris comme un "vulgaire" sans papier, ça me ferait bien mal au cul.
Six mille euros
Mille trois cent vingt huit euros et quatre vingt centimes.
S'il croit me ridiculiser avec son petit salaire trois fois inférieur au mien.

"Tu sais, l'argent on s'en fout" balance-t-il tout à coup "l'important c'est d'avoir un but dans la vie. C'est quoi ton but ?".
C'est quoi mon but ? Ah dis donc, je préférais nettement la partie du récit où j'avais le dessus. Alors j'ai réfléchis. J'avais devant moi un type qui me bernait depuis une heure avec des histoires pas possibles (et j'y prenais un plaisir certain) et le seul truc que j'ai trouvé à faire de sa question, c'est d'y réfléchir.

[...]

### Ma mort, jour apres jour.

Coupure pub

15
Déc ’05
00:05

Pétition eucd

(Image : © BravePatrie®™ - c'est important le droit d'auteur)

### What a wonderful weurld

Feuilleton de Noël - Part 1

14
Déc ’05
23:00

Il m'est rentré dedans à un passage de porte et, avec une haleine aux relents d'alcool et de tabac superposée à son accent québecois, m'a demandé où était l'université la plus proche dans ce pays d'abrutis. Je n'ai compris qu'après pour le pays d'abrutis, ma bouche était déjà entrain de sortir une vague réponse pour le reste :
- "euuuh... chais pas... la Sorbonne peut-être ou Jussieu..."

J'étais totalement incapable de dire quelle fac était à proximité de l'endroit où nous nous trouvions et, toujours aussi surexcité, il a réitéré sa demande :
- "j'ai juste besoin d'un endroit où quelqu'un puisse me réécrire ça en français".
Joignant le geste à la parole, il me tend un papier déchiré et froissé.
Je lui demande de se calmer et de m'expliquer clairement son problème. Il m'explique qu'il est arrivé hier et que tout a été volé, qu'il faut réécrire ça, qu'il vient de déposer plainte là-haut, devant l'escalator, connards, refaire ses papiers, super copain de Renaud, rentrer au canada, cauchemar, argent, désintoxication, fnac.
Ouf.
Je n'ai rien compris. Mais réécrire un texte en français correct me semble dans mes cordes et il m'offre un café en échange. Top là.

Sur le chemin, il m'explique, énervé et les yeux embués. D'abord, ce pays de connards, le mien - soit dit en passant, en prend sacrément pour son grade. Pays des droits de l'homme honteux, populasse de voleurs, d'égoïstes et de racistes. (C'est récurrent en ce moment, j'en fais mon lot).
Assis au café, il continue. Son mec qui l'a largué, son coup de tête pour venir en france pour draguer, le banana machin et le vol de toute ses affaires au banana machin. Il crache sur la France et les français comme pas possible, je mets ça sur le compte de la colère mais lui propose de changer de refrain et de parler de son problème.
Je doute de lui. Je n'ai confiance en quasiment personne alors un type qui me raconte une histoire tordue...
- chuis allé pisser et quand chuis revenu, hop, toutes mes affaires avaient disparues !
- t'as laissé tes affaires toutes seules dans un bar ?
- oué, à Montréal je laisse mon char tout seul et y'a aucun vol, ma maison j'la ferme pas ! Enfin bref, là avec une fille à la fnac, je vais lui filer 2000€ et elle va m'en filer 200 et je pourrais partir de ce pays de merde.
- pardon ? Tu lui files 2000 pour qu'elle te file 200 ?
- ouais c'est le seul plan possible. Sinon le seul français que je connaisse c'est Renaud, il a été avec ma soeur 12 ans mais là il est en désintoxication à Dieppe et i' rentre que dans deux jours. Ma mère m'a fait un transfert d'argent mais pour les récupérer, j'ai besoin de mes papiers d'identité et pour ça, à l'ambassade, il faut un timbre à 60€. Donc la fille me prête 200 et dans deux jours, je lui refile 2000.
- tu vas laisser quelqu'un se faire 1800€ sur ton dos pour ça ? L'ambassade peut rien faire pour toi ?
- non ils me laissent pas rentrer, y'a vigipirate.


Ca y est, j'en ai encore attiré un. Je le sens, c'est gros comme une maison. Il ment comme il respire et avec ma gueule de pigeon et mon comportement de bonne poire, je sais que je ne vais pas attendre très longtemps avant qu'il me propose de plutôt me les donner à moi les 2000€. Je n'ai même pas besoin de faire semblant de m'intéresser à son fric. Ou, dans un habile subterfuge d'une fille qui aurait lu le petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, de ne pas m'y intéresser.
Mais quand même, je lui dis que c'est ridicule, que ça m'étonnerait que l'ambassade ne puisse rien faire, qu'il existe des foyers, qu'il peut bien y rester 48heures, que j'en connais un, qu'il est tout proche, que les gens y sont chouettes. Il change de sujet.
Je le ferre, je sens que je vais m'amuser.

[...]

### Ma mort, jour apres jour.

Chronique de la laine ordinaire,
lavable en machine.

4
Déc ’05
00:12
- Raciste !

Voilà, c'est tombé. C'était latent, 'fallait que ça sorte, maintenant l'abcès est percé. Ou presque.
En même temps, depuis deux minutes que cette engueulade captait l'attention de tous les passagers de la rame, nous l'avions tous à l'esprit. Impossible de regarder cette scène sans lister tout ce qui opposaient ses deux protagonistes. Un homme et une femme et plus précisement encore, une femme blanche et un homme noir.

Elle d'abord, un petit peu bobo, habillée comme une parisienne qui sort le samedi soir. Elle est assise à côté de son mec qui ne cesse de la calmer, d'essayer de lui faire (re)tourner le dos à son interlocuteur. Pour ça, il a sa main dans ses cheveux à elle et il les lui tire pour faire pivoter le reste du corps. Plutôt sensuel comme démarche pour adoucir ses ardeurs.
J'avoue, je le comprends un peu. Notre homme, derrière, il est grand, très. Un bon mètre quatre vingt dix sans talonnette. Et il est large. Très. Si je devais participer à Koh Lanta ou encore être coincée dans un épisode de Lost, j'aimerais que ce soit avec quelqu'un comme lui. En revanche, pour discuter le bout de gras avec les poings, je préfèrerais nettement avoir affaire à la source de notre querelle.

Tiens, la voici, la source de tous ces mots. Une cause de conflit, c'est parfois un ministre de l'intérieur, et puis aussi, parfois, un SDF avec un sax'. Les ministres de l'intérieur se faisant plutôt rares dans la ligne 3 parisienne, nous avons eu le droit à notre interlude musical. Je l'aime bien lui, on dirait Sim avec les cheveux longs. Il a une particularité : quand il joue ses airs, il alterne les notes avec un claquement de langue assez marrant. La première fois que je l'ai vu, il faisait hurler de rire toute une classe d'allemands en voyage scolaire. Après quelques airs connus (je suis définitivement nulle en blind-test), il est passé avec un paquet de cigarettes vide en guise de chapeau. Les gens donnent plus j'ai l'impression à cette époque. Et de toute façon, le bonhomme plaît. Du haut de son mètre soixante arc-bouté et osseux, il forme, avec son instrument recourbé et pansu, un ensemble géométrique plutôt attachant.
En passant à côté de notre Goliath, ce dernier le gratifie d'un "je donne rien, tu m'as saoulé". Le temps qu'un vent glacial ainsi qu'un ange en haïllons passent, notre saxophoniste de répondre en se dirigeant, dépité, vers la sortie "il faut toujours qu'il y en ait qui n'aiment pas et qui râlent" et la fille de le rassurer en lui remplissant sa tirelire estampillée Marlboro "Moi j'aime bien votre musique, Monsieur". Le bip retentit et notre troubadour, posé sur un siège jauni de l'arrêt Opéra a bien dû regretter de penser trouver de la chaleur en descendant dans le métro. Encore une fois.

Le train reparti, de sa place, notre homme interpelle notre femme, deux rangs devant elle, lui tournant dos, assise sur un strapontin : "De quoi je me mèle ?" "Ca ne se dit pas." "Je dis ce que je veux, il m'a saoulé." "Non, on ne dit pas ça à un homme comme ça." "Ouais c'est ça. Raciste !".

### What a wonderful weurld